Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 13:38
ombre portee songe couverture   Extraits :

Bab quitta Ben après un bref Enveloppement. Avait-il échoué ? En serait-il encore rendu responsable ?

Elle lui laissa un dernier mail, lui demandant de ne pas chercher à la revoir. Il essaya de comprendre. S’adresser à l’Ordre pour comprendre, s’expliquer ? À quoi bon. C’était s’exposer inutilement.
Plus tard, il rencontra

Lona à la terrasse du cybercafé de l’Etoile. Elle y était employée comme hôtesse. Elle lui sembla différente, à part. Son regard et son sourire l’intriguèrent, le fascinèrent tout de suite. Autrefois on aurait parlé de coup de foudre.
       
Après avoir hésité et remarqué qu’il ne lui était pas indifférent, il entreprit de l’Envelopper. Elle n’y sembla pas opposée, le lui fit savoir, en référa à l’Ordre, comme l’exigeait la loi.

L’Ordre décidait. Pourquoi lui refusait-il tout contact ?
  
Il attendit longtemps sa réponse devant une consommation, tout en prenant chaque jour connaissance des derniers bénéficiaires de la Grande Invite. C’est ainsi qu’il apprit que le numéro de Sérénité Sociale de son voisin de palier venait de sortir. Le veinard devait être passé de l’autre côté à cette heure, son visa de Grand Retour délivré lors d’une Grande Célébration par le premier des Mu’afahs en personne, le Maître Inquisiteur Dhoul Fikar. 

    Selon le Dernier Rebond, Notre Grand Algharabîya n’était qu’un imposteur, qu’un dangereux aventurier, un criminel de la pire espèce. Sa véritable identité était celle d’un illuminé : Adam Legrand.
   
    Adam Legrand, aux mille noms et surnoms. Le Père de Notre Insinuante Virtualité Générale.  Adam Legrand, l’Infaillible  Grand Régulateur ! Le Maître de toute Grandeur ! Le Ratichon des ratichons.
    Adam Legrand : Notre Grand Algharabîya ! N.G.A ! Notre Grand Al ! Le Grand Filou d’entre les filous ! The Big One ! Le Grand Maître de la Grande, divine Mystification.
    Adam Legrand, alias Notre Grand Algharabîya, a-t-il vraiment existé ?
    Pour certains, il n’était qu’un piège, qu’un leurre, la création de Dhoul Fikar lui-même qui s’en était habilement débarrassé au moment opportun.
    Pour d’autres, Dhoul Fikar et NGA n’étaient qu’une seule et même entité.
    Après tout, qui avait jamais aperçu ou côtoyé ce légendaire, divin N.G.A  ?
    Dhoul Fikar, menteur d’entre les menteurs, truqueur d’entre les truqueurs et scélérat d’entre les scélérats avait, paraît-il, jadis eu le privilège de le rencontrer. N’avait-il pas reçu, pour ainsi dire de la main à la main, ses divins commandements ?
    Dhoul Fikar, Le Sabre à deux lames divergentes vers la pointe, avait été, paraît-il, le bras armé du Grand Algharabîya. Il avait eu le suprême honneur d’être son premier disciple, son seul, véritable confident. Aussi c’est à lui qu’il avait confié le soin de poursuivre sa mission terrestre. Depuis, avec ses douze insinuants Mu’afahs, Dhoul Fikar maintenait intact l’enseignement du Premier des Ratichons et de sa Grande Révélation : L’I.V.G. ou Insinuante Virtualité Générale.   
    Insinuants Mu’afahs, ratichons et consorts... le plan mis au point par cette engeance de malheur, avait bel et  bien dupé l’humanité, la menant à sa perte.
    Mu’afah, Ben se souvenait avoir lu que ce mot, probablement sarrasin, signifiait Protecteur des faibles. En ancien langage toscan, ce mot voulait également dire Mafia ou Misère. Dans le même ordre d’idée, le même ouvrage certifiait qu’autrefois Algharabîya, titre dont s’était paré le Maître de l’Insinuante Virtualité et de la Grandeur, signifiait aussi  Charabia. C’est dans un antique codex qu’il avait également trouvé la signification du mot Ratichon. Il l’avait retenu par coeur, tant elle lui sembla désopilante et correspondre à la situation :     ... « Aumônier des prisons, puis, dans le vocabulaire populaire prêtre, dérivé de rat
par analogie de couleur. De radis noir, nom donné aux prêtres à cause de leur soutane, influencé par cornichon. Se dit aussi de toute personne confite en dévotion. » 
    Ben était un peu plus tard tombé sur quelques pages photocopiées d’un autre ouvrage interdit sous peine d’immédiate Grande Anomalité, dans lequel figurait un chapitre intitulé : De l’illusion comme mode d’appréhension de la réalité .
    Au risque de sérieux ennuis, il en avait recopié quelques paragraphes. Son auteur, un certain Howard X, décrivait à l’époque son premier contact avec ce qu’il appela la R.V, Réalité Virtuelle.

...  " La réalité virtuelle est également une sorte de simulateur, mais au lieu d’être face à un écran présentant des images en deux dimensions, la main sur le manche, celui qui fait l’expérience de la RV est immergé dans une représentation en trois dimensions fabriquée par ordinateur ; il peut se déplacer dans ce monde virtuel, le contempler sous différents angles, attraper des objets qui s‘y trouvent, et le remodeler."
  " ... Demain, des technologies moins « lourdes » seront exploitées pour proposer le même type d’expérience, et les ordinateurs utilisés seront à la fois plus puissants et moins onéreux ; ce qui signifie que les mondes virtuels offerts seront plus réalistes, et qu’un plus grand nombre d’entre nous pourrons y avoir accès."
  "... ce livre... vous permettra d’avoir un aperçu d’un certain monde de demain dans lequel la réalité elle-même pourrait bien devenir un produit manufacturé et tarifé.
"

...
   
Comme promis, Lona chercha à le contacter. Un après-midi, il l’aperçut quittant le parc de Grande Réserve. Un geste de sa part lui fit comprendre qu’elle avait laissé un message à son intention sur le banc qu’elle venait de quitter. Un peu plus loin, à l’abri, il déchiffra ces mots, presque illisibles, écrits à la hâte, sur une barquette de frites :
   
Ben, ils savent que nous nous sommes Enveloppés, épris contre leur gré. Ils exigent que je mette fin à cette obscénité. Pour toi comme pour moi, je dois fuir. Ils sont capables de tout ! Oublie-moi, laisse-moi partir …
  
 L’enfer à reculons ! Depuis, il glisse en direction d’une insupportable issue.
  
 L’Ordre Régulation & Pénitence veillait et avait les moyens. Le monde qu’il avait imposé se glorifiait à chaque coin de rue de sa réussite comme de sa science. Il promettait, ne dispensait rien de moins que l’éternité.
    L’éternité, croyait-on. Mais à quel prix. Saloperie d’éternité ! Trois fois saloperie d’existence. Pour ça, on pouvait être fiers et reconnaissants d’être les citoyens rejetons de ce monde de dingues, de jouir de sa compassion, de sa protection comme de ses lumières.
    Délation, soumission et sécurité. Discipline ! Régulation & Pénitence à tous les niveaux ! À propos de tout, de n’importe qui et de n’importe quoi.

...

Sérénité Sociale, SS et cætera !
    Omniprésente insinuation ! Sans pitié et sans bavures. Avec tous ces insinuants qui nous cernent. Pour le  plus grand bien et le divin salut de tous.
    « Insupportable. Impossible à concevoir, à accepter ! » songea Ben.
    Ce Charabia était pourtant à l’origine du pouvoir illimité de l’Ordre. De l'insupportable domination du Grand Algharabîya et de son Insinuante Virtualité.

...
  
 Lona ! Quelque part, ailleurs, Lona l’attendait.
   
    Dès lors il s’attarda sur la singulière beauté, l’insignifiance ou l’importante de toute chose, l’équivalence de chaque fait ou geste. Il vibra à la moindre occasion, cœur et corps si légers, aériens, libérés des persistantes et lourdes brumes qui, jusqu’ici, l'enserraient. Tout l’enchantait, exacerbait son souvenir. Anesthésiait en lui la moindre velléité de méfiance ou de rancœur. Un instant, si court, celui d’un éternuement, d’une éjaculation, il se crut heureux.
    Lona ! Comment la rejoindre ? Comment la retrouver sans trahir ceux du Dernier Rebond ?
    Attendre ? Insoutenable attente. Attendre qu’elle se manifeste de nouveau ?

    L’Insinuante Virtualité ne relâcha jamais son étreinte. Une glaciale torpeur accabla ce monde qui, en même temps que lui, semblait subir de l’absence de Lona. Quel rôle jouait Lona  dans ce traquenard ? Etait-elle, elle aussi, manipulée ? Comptait-on ainsi l’éprouver ?
    Ben se reprocha un peu plus chaque jour d’avoir au fond toujours douté d’elle. Possédé, il ne parvint jamais à oublier l’enfant. Etait-ce le sien ? Lona, le gosse et lui-même n’étaient-ils qu’un leurre, qu’un piège de plus ?
    Il regrettait, s’en voulait, disait :
    « Lona, ma fatale, lointaine constellation. Vois-tu, Lona, j’étais pour toi l’admirable épaule de Bételgeuse, le pied gracieux et sûr de Rigel. L’émouvant et juvénile visage de Rasagelthi, le suppliant. L'éblouissante pupille d’Al Tarf. Sur tes épaules tombait l’incroyable crinière huilée de Sabra. Tes narines délicates égalaient en sensualité celles de Menfab. La perfection de ta poitrine évoquait celle de Schedir. La courbe de tes reins rappelait ceux de Deneb. Ta cuisse était aussi souple et rapide que celle de Phecda. Ton genou aussi rond et cuivré que celui d’Ahoukaba. La force de mon désir pour toi égala la vigueur d’Alderamin, à la poigne de fer. 
    Lona, depuis ton départ, je n’ai fait que douter et d’errer à ta recherche. J’ai secoué les colonnes de tous les temples sur leurs bases, dévié les trajectoires de tant de comètes. Lona, N’ai-je pas donné des ailes à ton plaisir, fait la courte échelle à ta destinée ? »
   
Il se lamentait :
    « Reviens, Lona ! Pardonne-moi. Avant que dans le grand Sac à Charbon du néant, entre la Croix du Sud et le Grand Visage Emacié, angle de vie et d’inanition, ne s’effondre sur elle-même cette galaxie qui porte notre amour. »
     Il hésitait, disait :
    « Lona, ma nudité d’équinoxe ! Depuis ton départ, je meurs du Songe. Sa tumeur me ronge. Son souvenir submerge, noie de son foutre empoisonné l’ombre de toute création. Pourquoi cette profusion d’émotions et de pressentiments, ces vaines, damnées métaphores irisées ? Lignes de traîne enduites de curare ! Elles me cernent et m’émasculent ! De quel tragique versant ignoré de moi-même suis-je prisonnier ? Tandis que la cruelle Cadence de l’Ombre, à l’obscène tumeur, depuis ton départ, me consume. »
    
Il s’interrogeait :
    « Lona, est-ce cela aimer ? Cette douleur ... cet espoir toujours contrarié. Est-ce cela succomber aux vertiges du Songe ou de l’amour ? Planer sur le dos, le ventre mou et sans défense, paumes grandes ouvertes, offertes au premier éblouissement, envoûtement ? Faire front à un impossible bonheur, à une extravagante passion, livré sans défense à d’eunuques vents contraires, à toutes convoitises, à tant de contradictions ? Attendre, toujours attendre. Les paupières lourdes de suie, le cœur piétiné par tant de regrets et de souvenirs. À la fois si près et si loin de toi ! Juché en équilibre sur les ailes d’un albatros exténué, gavé de fiel et de braises ? »
   
Il doutait, s’en voulait :
    « Lona, à quoi bon survivre sans toi, lèvres muettes, tympans éteints par d’insoutenables grégoriennes ? À quoi bon justifier chaque nouvel instant, assister à la naissance d’une seule, nouvelle aurore ? Lona, est-ce cela l’oubli ? Patienter, pour finalement sombrer dans la vorace ventouse du néant ?  Est-ce cela résister ? Habiter son propre corps, sa propre raison ou déraison d’exister ? Balancer, entre l’Insinuante Virtualité et le Dernier Rebond ? Jusqu’à parfois les confondre. »
    
Il implora : 
    « Appréhender, comprendre l’intime convulsion du Songe ? A quoi bon ?  Alors qu’au plus profond de moi, se dédouble le large, putride sillon du repentir. Orné d’étranges, de si nombreuses scarifications. Que se dérobe constamment sous mes talons l’écume du temps ! »
    Saturé d’une épaisse humidité venue du large, avec ses ombres dentelées, ses odeurs embusquées, cet après-midi de fin septembre annonça d’imprévisibles métamorphoses. Celles précédant les dernières douces journées de l’année. Ben avait mal dormi. Une lassitude mauve pesait sur ses paupières. La flanelle fatiguée de sa veste plissait sur ses épaules, glissait le long de ses avant-bras. Il n’avait jamais été foutu d’obtenir quelque chose d’exactement à sa taille.
     Partir. Mourir. Seul N.G.A. pouvait décider, déterminer l’exacte, nécessaire durée et finalité de chaque existence ici-bas.   
    Mort au Songe ! Mort à la mort.
    La vie n’était-elle ici qu’une maladie sexuellement transmissible ? La mort et l’amour, même virus ! À bas tout obscurantisme, sensiblerie et fatalité, avait décidé N.G.A.
    Selon lui, le monde n’était que virtuel. Et il était le prophète, celui d’une nouvelle, d’une autre réalité, de l’Insinuante Virtualité Générale.
    Grand charabia ! Grand Algharabîya !
    L’Ordre avait réussi, avec le concours d’une science pervertie et d’un mysticisme arrogant, sous le couvert d’un humanisme mielleux, mis à toutes les sauces, à tous les crimes, à donner l’illusion qu’il avait quasi indéfiniment réussi à maîtriser la mort. Cette plaie, ce Haut Mal d’autrefois, soi disant éradiqué, dont il était aujourd’hui interdit de prononcer jusqu’au nom.
    Mourir, être autorisé à partir. Être condamné à rester, à survivre. Pour toujours. Quitter ou demeurer à perpétuité dans ce monde de criminels et de déments. Quand et comment ? Seuls notre Grand Algharabîya, l’Ordre et ses Mu’afahs avaient l’effarant pouvoir de décider pour chacun.
    Quel charabia de charabia !
...
   
Ben s’égara, rama avant d’accéder au coeur du repaire de l’Ordre, de l’élite des influents insinuants ratichons. Sa Comminatoire à la main, combien de fois avait-il exhibé le précieux document ? Combien de fois hésita-t-il, sur le point de renoncer ? L’aurait-il pu d’ailleurs ? Énigmatique initiation, son interminable déambulation était-elle programmée ?
    Inoubliable trésor ! Sa Comminatoire comportait une publicité caritative de l’Ordre. Sous la photo présentant un groupe de ratichons, il jeta un coup d’œil au texte :
   
N’hesite  pas  à  Donner  pour  nos  Insinuants
Missionnaires   partis  aux  colonies
   
    Notre Bienheureux Ordre du Sanctorum fondé par Notre Divin Grand Algharabîya compte plusieurs millions de postulants dans ses écoles apostoliques et missions lointaines.
    Notre Bienheureux Ordre est né comme une fleur odoriférante au milieu des ronces de notre temps... il garde par son exemple et son dévouement toute la confiance et l’admiration de Notre Grand Algharabîya.

  
 « Ah ! si j’étais homme de ce monde, s’écria-t-il un jour, contre mes péchés, je voudrais avoir comme un bouclier, sur ma tête et sur celle de mes enfants, un Insinuant Ratichon qui me devrait sa vocation, son sacerdoce, et, qui, debout chaque matin à l’autel de Notre Insinuante Virtualité Générale, me servirait de paratonnerre ».

Qu’attends-tu pour donner quelques Célestes Dollars, faire fructifier
ton Crédit d’Indulgences Plénières
et mériter ton Grand Retour ?
    Un seul petit Dollar Céleste attirera l’attention de Notre Grand Algharabyîa, te permetta de hâter l’avènement de ta Grande Invite et de ton Grand Retour.

Pour partager les mérites de nos Missionnaires et augmenter
ton Crédit d’un de Célestes Indulgences :
    - donne abondamment de tes prières (saintes cérémonies, communions ferventes, sacrifices de tout genre),
    - adopte, en ton nom personnel ou pour les tiens ;
    - un pauvre noir qui recevra au baptême un prénom désigné par toi : 300 à 500 $.
    - une jeune fille noire, pour lui permettre, « en la rachetant, » de fonder un ménage spirituel : 1.000 $
    - un Ratichon Catéchiste, « indispensable collaborateur du Missionnaire » : 400 à 600 $, par an, ou 5 à 6.000 $ à perpétuité.
    - un Poste de Mission (chapelle école) : 15.000$ .
Notre offrande spirituelle
    Chaque jour, Notre Bienheureux Ordre prie beaucoup pour ses bienfaiteurs : chapelet, prières indulgenciées ... Nous avons voulu faire plus pour eux et leur témoignager spécialement notre reconnaissance en les invitant à participer à de très saintes, Grandes Célébrations quotidiennes.
Participent  à ces Grandes Célébrations :
    - tous les jours, ceux qui font à nos œuvres un don de 500 $.
    - 4 jours de la semaine (vendredi, samedi, lundi, mardi) : 125 $.
    - tous les vendredis (30 $).
    - tous les 1ers vendredis de mois (10$ ).
    Les dons se font au nom propre du donateur ou au nom de ses parents ou amis...
Pain des Novices Insinuants :
« Faire un Ratichon Insinuant, c’est sauver des milliers d’âmes ».
    Associe-toi à cette grande œuvre, cher citoyen rejeton bienfaiteur, en ayant ton propre Missionnaire Ratichon », en lui assurant sa pension totale ou annuelle, ou du moins quelques journées ou semaines de pain :
- Un jour de pain hostie : 6 $.
- Une semaine pain hostie  : 40 $.
- Un mois pain hostie : 150 $-
- Trois mois pain hostie : 300 $.
- Six mois pain hostie : 600 $.
- Un an pain hostie : 1.200 $.
- Jusqu’au sacerdoce, partiellement : 8.000 $.
- Complètement : 15.000$.
Pour nos nombreuses autres Saintes Insinuantes Fondations :
     - Un album d’honneur, à déposer aux pieds de la statue de Notre Grand Algharabîya ou Maître-Autel, contiendra les noms ou initiales de ceux qui donneront pour la Sainte Médiathèque : 100 $.
       - Chaque bureau de travail portera le nom d’un citoyen rejeton donateur de : 500 $. pour le mobilier et la literie.
Cette inscription incite le Novice Insinuant à offrir son labeur et ses sacrifices pour son citoyen rejeton bienfaiteur.
    -Les Prie-Algharabîya et Places de Bancs dans nos Saintes Chapelles seront réservés à ceux qui offriront 1.000 $ pour les vases sacrés, ornements et statues.
    Souvent, dans ses oraisons et ses adorations, le Novice Insinuant priera pour son bienfaiteur dont il aura le nom sous les yeux, sur son Prie-Algharabîya.
    - Pour les Saints Autels et Divins Harmoniums, l’offrande pourra être de : 5.000 $.

       
    Charabia ! Édifiante lecture.

...
   
Ici, tout en bas, on cultivait sciemment, avec méthode, la grasse et commune corruption. On violait les consciences. On traquait, modifiait sans répit ni état d’âme, l’intimité et la volonté de chaque citoyen rejeton. Et plus bas, toujours plus bas, parfaitement protégé, sous la responsabilité de N.G.A, moulinait sans interruption le Syncrétique Grand Régulateur. Lui seul décidait de la Grande Invite et du Grand Retour de chaque cobaye, de ceux d’en haut. Ben supposa qu’il gérait également la fortune de l’Ordre. Celle-ci devait en effet être considérable. Depuis que le céleste Crédit d’Indulgences et sa banque rackettaient la planète.
    Ces rats, ces divins ratichons, suppôts de l’Insinuante Virtualité, s’étaient révélés incapables de la moindre compassion et, à plus forte raison, d’amour.
    Amour, un mot qu’ils avaient remisé aux oubliettes, remplacé par Enveloppement, destiné à concrétiser la procréation ou la production d’un citoyen rejeton dûment programmé et formaté.
    Ils étaient également imperméables, inaptes au rêve. Rêver leur était devenu impossible. Là était probablement leur point faible. Insensible aux sortilèges comme à la vindicte de l’Ordre, le Songe avait néanmoins réussi avec une poignée de partisans du Dernier Rebond, à résister. A se garder hors d’atteinte de  leur diabolique emprise.   
    Dhoul Fikar se doutait-il que Ben communiquait avec ceux du Dernier Rebond par le truchement du rêve ? C’est probablement pour cela qu’il décida de le décréter hors la loi.

...
    
Toujours le même charabia de chez charabia !
    La voix poursuivit son insoutenable, incroyable incantation :
    « ...grâce soit rendue à notre Grand Algharabîya...
l’admirable, trois fois saint Maître de la Grandeur ! Lui qui renvoya le Songe au néant. À la trappe, au bûcher les hérétiques, les infidèles, décréta-t-il en revenant parmi nous. Le fruit était mûr lorsqu’il nous insuffla... en dépit de l’universelle confusion... son admirable équité. C’est ainsi qu’avec sa bénédiction... et l’aide de sa glorieuse, Insinuante Virtualité... son Divin Enveloppement prit possession de chacun de nous... mit un terme à l’indécente débauche... à l’aberrante... l’obscène emprise des passions .»
     Non, ce n’était pas Lona qui parlait. Il s’agissait certainement pour Ben d’un autre grossier stratagème destiné à l’égarer. 
    Où était-elle ? Que lui avait-on fait ? Elle qui savait combien lors de chaque Enveloppement, l’être était garrotté, asservi de la plus odieuse et malsaine façon. N’avait-elle pas payé assez cher pour cela ? Leur amour, la passion qu’ils éprouvèrent l’un pour l’autre n’avait rien à voir avec ce maudit Enveloppement imposé, dont toute relation demeurait exclue, interdite.
    Jusqu’au jour où l’on méritait et obtenait de l’Ordre l'agrément, l'injonction de concevoir quelque citoyen rejeton, ou mieux, toujours selon son mérite et le bon vouloir de N.G.A, un futur ratichon, inconditionnel de la Bienheureuse, Insinuante Virtualité.
    Quel Charabia ! Notre Grand Al n’avait pas usurpé son nom !
  ombre-portee-songe
Par Philippe Longhini
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