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Vendredi 19 novembre 5 19 /11 /Nov 10:10

L'importance de la sémantique et du contenu n'est plus à prouver. Les moteurs de recherches sont friands de textes. Il faut sans cesse nourrir ces "gloutons du web". Encore faut-il que ces textes soient uniques pour échapper au filtrage arbitraire du contenu dupliqué. Les sites de communiqués de presse tendent aujourd’hui à répondre à ses critères.

Les annuaires ont failli !

Certes les annuaires ont eu leurs heures de gloire. Mais les abus systématiques du référencement automatique ont détruit leur crédibilité aux yeux des moteurs de recherche et ils ont été bien évidemment pondérés. Faire un contenu unique sur un texte de 256 caractères relève de l'exploit littéraire en terme d'article de présentation de masse. Ainsi les webmasters d'annuaires vont de plus en plus tendre vers des sites à contenu unique et avec des descriptions plus longues. Certains ont commencé à migrer en proposant un annuaire à contenu unique et un blog pour des articles plus long que l'on appelle communément site de communiqué de presse.

Les sites de communiqués de presse panacée d'un moment ou solution à long terme ?

Il n'y a pas de difficulté à écrire des articles avec un contenu unique. C'est un exercice littéraire comme un autre, enfin moins noble que celui d'écrire un livre... On peut concevoir d'écrire un article par jour et de le publier sur un site de communiqué de presse. Ce travail est contraignant mais il peut apporter des résultats en terme de liens vers votre site ainsi qu'en positionnement dans les moteurs de recherches.

L'avantage d'utiliser les communiqués de presse c'est que l'on peut faire des liens vers des pages internes de son site, ce qui permet une plus grande visibilité et l'optimisation du référencement naturel sur des pages disposant d'une sémantique spécifique. Le côté négatif est que la plupart de ces sites de communiqué de presse appliquent encore le pr sculpting et n'envoie pas de "jus" à leurs pages interne (c’est-à-dire à vos articles). Mais d'un autre coté ils sont chez eux et gèrent leur site comme ils le souhaitent. Ce fait étant posé il faut donc trouver un moyen pour renvoyer du "jus" vers vos articles, et là il n'y a pas de secret il faut faire des liens vers vos articles.

L'absurdité de la chose c'est qu'en référençant vos pages on se retrouve obliger de référencer les pages des articles sur les sites de communiqués de presse sur lesquels on a posté pour augmenter le bénéfice que l'on veut en tirer.

Pour conclure les sites de communiqué de presse devrait tendre à se développer de plus en plus. Ils sont pour l'instant une bonne source de lien pour faire monter votre site ou blog dans les moteurs de recherche. S'il n'y a pas d'abus le système restera viable un bon moment mais il ne faut pas se leurrer il y aura des abus et le système, un jour, sera lui aussi pondéré par les moteurs de recherche.

Par Philippe Longhini
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Vendredi 5 février 5 05 /02 /Fév 13:38
ombre portee songe couverture   Extraits :

Bab quitta Ben après un bref Enveloppement. Avait-il échoué ? En serait-il encore rendu responsable ?

Elle lui laissa un dernier mail, lui demandant de ne pas chercher à la revoir. Il essaya de comprendre. S’adresser à l’Ordre pour comprendre, s’expliquer ? À quoi bon. C’était s’exposer inutilement.
Plus tard, il rencontra

Lona à la terrasse du cybercafé de l’Etoile. Elle y était employée comme hôtesse. Elle lui sembla différente, à part. Son regard et son sourire l’intriguèrent, le fascinèrent tout de suite. Autrefois on aurait parlé de coup de foudre.
       
Après avoir hésité et remarqué qu’il ne lui était pas indifférent, il entreprit de l’Envelopper. Elle n’y sembla pas opposée, le lui fit savoir, en référa à l’Ordre, comme l’exigeait la loi.

L’Ordre décidait. Pourquoi lui refusait-il tout contact ?
  
Il attendit longtemps sa réponse devant une consommation, tout en prenant chaque jour connaissance des derniers bénéficiaires de la Grande Invite. C’est ainsi qu’il apprit que le numéro de Sérénité Sociale de son voisin de palier venait de sortir. Le veinard devait être passé de l’autre côté à cette heure, son visa de Grand Retour délivré lors d’une Grande Célébration par le premier des Mu’afahs en personne, le Maître Inquisiteur Dhoul Fikar. 

    Selon le Dernier Rebond, Notre Grand Algharabîya n’était qu’un imposteur, qu’un dangereux aventurier, un criminel de la pire espèce. Sa véritable identité était celle d’un illuminé : Adam Legrand.
   
    Adam Legrand, aux mille noms et surnoms. Le Père de Notre Insinuante Virtualité Générale.  Adam Legrand, l’Infaillible  Grand Régulateur ! Le Maître de toute Grandeur ! Le Ratichon des ratichons.
    Adam Legrand : Notre Grand Algharabîya ! N.G.A ! Notre Grand Al ! Le Grand Filou d’entre les filous ! The Big One ! Le Grand Maître de la Grande, divine Mystification.
    Adam Legrand, alias Notre Grand Algharabîya, a-t-il vraiment existé ?
    Pour certains, il n’était qu’un piège, qu’un leurre, la création de Dhoul Fikar lui-même qui s’en était habilement débarrassé au moment opportun.
    Pour d’autres, Dhoul Fikar et NGA n’étaient qu’une seule et même entité.
    Après tout, qui avait jamais aperçu ou côtoyé ce légendaire, divin N.G.A  ?
    Dhoul Fikar, menteur d’entre les menteurs, truqueur d’entre les truqueurs et scélérat d’entre les scélérats avait, paraît-il, jadis eu le privilège de le rencontrer. N’avait-il pas reçu, pour ainsi dire de la main à la main, ses divins commandements ?
    Dhoul Fikar, Le Sabre à deux lames divergentes vers la pointe, avait été, paraît-il, le bras armé du Grand Algharabîya. Il avait eu le suprême honneur d’être son premier disciple, son seul, véritable confident. Aussi c’est à lui qu’il avait confié le soin de poursuivre sa mission terrestre. Depuis, avec ses douze insinuants Mu’afahs, Dhoul Fikar maintenait intact l’enseignement du Premier des Ratichons et de sa Grande Révélation : L’I.V.G. ou Insinuante Virtualité Générale.   
    Insinuants Mu’afahs, ratichons et consorts... le plan mis au point par cette engeance de malheur, avait bel et  bien dupé l’humanité, la menant à sa perte.
    Mu’afah, Ben se souvenait avoir lu que ce mot, probablement sarrasin, signifiait Protecteur des faibles. En ancien langage toscan, ce mot voulait également dire Mafia ou Misère. Dans le même ordre d’idée, le même ouvrage certifiait qu’autrefois Algharabîya, titre dont s’était paré le Maître de l’Insinuante Virtualité et de la Grandeur, signifiait aussi  Charabia. C’est dans un antique codex qu’il avait également trouvé la signification du mot Ratichon. Il l’avait retenu par coeur, tant elle lui sembla désopilante et correspondre à la situation :     ... « Aumônier des prisons, puis, dans le vocabulaire populaire prêtre, dérivé de rat
par analogie de couleur. De radis noir, nom donné aux prêtres à cause de leur soutane, influencé par cornichon. Se dit aussi de toute personne confite en dévotion. » 
    Ben était un peu plus tard tombé sur quelques pages photocopiées d’un autre ouvrage interdit sous peine d’immédiate Grande Anomalité, dans lequel figurait un chapitre intitulé : De l’illusion comme mode d’appréhension de la réalité .
    Au risque de sérieux ennuis, il en avait recopié quelques paragraphes. Son auteur, un certain Howard X, décrivait à l’époque son premier contact avec ce qu’il appela la R.V, Réalité Virtuelle.

...  " La réalité virtuelle est également une sorte de simulateur, mais au lieu d’être face à un écran présentant des images en deux dimensions, la main sur le manche, celui qui fait l’expérience de la RV est immergé dans une représentation en trois dimensions fabriquée par ordinateur ; il peut se déplacer dans ce monde virtuel, le contempler sous différents angles, attraper des objets qui s‘y trouvent, et le remodeler."
  " ... Demain, des technologies moins « lourdes » seront exploitées pour proposer le même type d’expérience, et les ordinateurs utilisés seront à la fois plus puissants et moins onéreux ; ce qui signifie que les mondes virtuels offerts seront plus réalistes, et qu’un plus grand nombre d’entre nous pourrons y avoir accès."
  "... ce livre... vous permettra d’avoir un aperçu d’un certain monde de demain dans lequel la réalité elle-même pourrait bien devenir un produit manufacturé et tarifé.
"

...
   
Comme promis, Lona chercha à le contacter. Un après-midi, il l’aperçut quittant le parc de Grande Réserve. Un geste de sa part lui fit comprendre qu’elle avait laissé un message à son intention sur le banc qu’elle venait de quitter. Un peu plus loin, à l’abri, il déchiffra ces mots, presque illisibles, écrits à la hâte, sur une barquette de frites :
   
Ben, ils savent que nous nous sommes Enveloppés, épris contre leur gré. Ils exigent que je mette fin à cette obscénité. Pour toi comme pour moi, je dois fuir. Ils sont capables de tout ! Oublie-moi, laisse-moi partir …
  
 L’enfer à reculons ! Depuis, il glisse en direction d’une insupportable issue.
  
 L’Ordre Régulation & Pénitence veillait et avait les moyens. Le monde qu’il avait imposé se glorifiait à chaque coin de rue de sa réussite comme de sa science. Il promettait, ne dispensait rien de moins que l’éternité.
    L’éternité, croyait-on. Mais à quel prix. Saloperie d’éternité ! Trois fois saloperie d’existence. Pour ça, on pouvait être fiers et reconnaissants d’être les citoyens rejetons de ce monde de dingues, de jouir de sa compassion, de sa protection comme de ses lumières.
    Délation, soumission et sécurité. Discipline ! Régulation & Pénitence à tous les niveaux ! À propos de tout, de n’importe qui et de n’importe quoi.

...

Sérénité Sociale, SS et cætera !
    Omniprésente insinuation ! Sans pitié et sans bavures. Avec tous ces insinuants qui nous cernent. Pour le  plus grand bien et le divin salut de tous.
    « Insupportable. Impossible à concevoir, à accepter ! » songea Ben.
    Ce Charabia était pourtant à l’origine du pouvoir illimité de l’Ordre. De l'insupportable domination du Grand Algharabîya et de son Insinuante Virtualité.

...
  
 Lona ! Quelque part, ailleurs, Lona l’attendait.
   
    Dès lors il s’attarda sur la singulière beauté, l’insignifiance ou l’importante de toute chose, l’équivalence de chaque fait ou geste. Il vibra à la moindre occasion, cœur et corps si légers, aériens, libérés des persistantes et lourdes brumes qui, jusqu’ici, l'enserraient. Tout l’enchantait, exacerbait son souvenir. Anesthésiait en lui la moindre velléité de méfiance ou de rancœur. Un instant, si court, celui d’un éternuement, d’une éjaculation, il se crut heureux.
    Lona ! Comment la rejoindre ? Comment la retrouver sans trahir ceux du Dernier Rebond ?
    Attendre ? Insoutenable attente. Attendre qu’elle se manifeste de nouveau ?

    L’Insinuante Virtualité ne relâcha jamais son étreinte. Une glaciale torpeur accabla ce monde qui, en même temps que lui, semblait subir de l’absence de Lona. Quel rôle jouait Lona  dans ce traquenard ? Etait-elle, elle aussi, manipulée ? Comptait-on ainsi l’éprouver ?
    Ben se reprocha un peu plus chaque jour d’avoir au fond toujours douté d’elle. Possédé, il ne parvint jamais à oublier l’enfant. Etait-ce le sien ? Lona, le gosse et lui-même n’étaient-ils qu’un leurre, qu’un piège de plus ?
    Il regrettait, s’en voulait, disait :
    « Lona, ma fatale, lointaine constellation. Vois-tu, Lona, j’étais pour toi l’admirable épaule de Bételgeuse, le pied gracieux et sûr de Rigel. L’émouvant et juvénile visage de Rasagelthi, le suppliant. L'éblouissante pupille d’Al Tarf. Sur tes épaules tombait l’incroyable crinière huilée de Sabra. Tes narines délicates égalaient en sensualité celles de Menfab. La perfection de ta poitrine évoquait celle de Schedir. La courbe de tes reins rappelait ceux de Deneb. Ta cuisse était aussi souple et rapide que celle de Phecda. Ton genou aussi rond et cuivré que celui d’Ahoukaba. La force de mon désir pour toi égala la vigueur d’Alderamin, à la poigne de fer. 
    Lona, depuis ton départ, je n’ai fait que douter et d’errer à ta recherche. J’ai secoué les colonnes de tous les temples sur leurs bases, dévié les trajectoires de tant de comètes. Lona, N’ai-je pas donné des ailes à ton plaisir, fait la courte échelle à ta destinée ? »
   
Il se lamentait :
    « Reviens, Lona ! Pardonne-moi. Avant que dans le grand Sac à Charbon du néant, entre la Croix du Sud et le Grand Visage Emacié, angle de vie et d’inanition, ne s’effondre sur elle-même cette galaxie qui porte notre amour. »
     Il hésitait, disait :
    « Lona, ma nudité d’équinoxe ! Depuis ton départ, je meurs du Songe. Sa tumeur me ronge. Son souvenir submerge, noie de son foutre empoisonné l’ombre de toute création. Pourquoi cette profusion d’émotions et de pressentiments, ces vaines, damnées métaphores irisées ? Lignes de traîne enduites de curare ! Elles me cernent et m’émasculent ! De quel tragique versant ignoré de moi-même suis-je prisonnier ? Tandis que la cruelle Cadence de l’Ombre, à l’obscène tumeur, depuis ton départ, me consume. »
    
Il s’interrogeait :
    « Lona, est-ce cela aimer ? Cette douleur ... cet espoir toujours contrarié. Est-ce cela succomber aux vertiges du Songe ou de l’amour ? Planer sur le dos, le ventre mou et sans défense, paumes grandes ouvertes, offertes au premier éblouissement, envoûtement ? Faire front à un impossible bonheur, à une extravagante passion, livré sans défense à d’eunuques vents contraires, à toutes convoitises, à tant de contradictions ? Attendre, toujours attendre. Les paupières lourdes de suie, le cœur piétiné par tant de regrets et de souvenirs. À la fois si près et si loin de toi ! Juché en équilibre sur les ailes d’un albatros exténué, gavé de fiel et de braises ? »
   
Il doutait, s’en voulait :
    « Lona, à quoi bon survivre sans toi, lèvres muettes, tympans éteints par d’insoutenables grégoriennes ? À quoi bon justifier chaque nouvel instant, assister à la naissance d’une seule, nouvelle aurore ? Lona, est-ce cela l’oubli ? Patienter, pour finalement sombrer dans la vorace ventouse du néant ?  Est-ce cela résister ? Habiter son propre corps, sa propre raison ou déraison d’exister ? Balancer, entre l’Insinuante Virtualité et le Dernier Rebond ? Jusqu’à parfois les confondre. »
    
Il implora : 
    « Appréhender, comprendre l’intime convulsion du Songe ? A quoi bon ?  Alors qu’au plus profond de moi, se dédouble le large, putride sillon du repentir. Orné d’étranges, de si nombreuses scarifications. Que se dérobe constamment sous mes talons l’écume du temps ! »
    Saturé d’une épaisse humidité venue du large, avec ses ombres dentelées, ses odeurs embusquées, cet après-midi de fin septembre annonça d’imprévisibles métamorphoses. Celles précédant les dernières douces journées de l’année. Ben avait mal dormi. Une lassitude mauve pesait sur ses paupières. La flanelle fatiguée de sa veste plissait sur ses épaules, glissait le long de ses avant-bras. Il n’avait jamais été foutu d’obtenir quelque chose d’exactement à sa taille.
     Partir. Mourir. Seul N.G.A. pouvait décider, déterminer l’exacte, nécessaire durée et finalité de chaque existence ici-bas.   
    Mort au Songe ! Mort à la mort.
    La vie n’était-elle ici qu’une maladie sexuellement transmissible ? La mort et l’amour, même virus ! À bas tout obscurantisme, sensiblerie et fatalité, avait décidé N.G.A.
    Selon lui, le monde n’était que virtuel. Et il était le prophète, celui d’une nouvelle, d’une autre réalité, de l’Insinuante Virtualité Générale.
    Grand charabia ! Grand Algharabîya !
    L’Ordre avait réussi, avec le concours d’une science pervertie et d’un mysticisme arrogant, sous le couvert d’un humanisme mielleux, mis à toutes les sauces, à tous les crimes, à donner l’illusion qu’il avait quasi indéfiniment réussi à maîtriser la mort. Cette plaie, ce Haut Mal d’autrefois, soi disant éradiqué, dont il était aujourd’hui interdit de prononcer jusqu’au nom.
    Mourir, être autorisé à partir. Être condamné à rester, à survivre. Pour toujours. Quitter ou demeurer à perpétuité dans ce monde de criminels et de déments. Quand et comment ? Seuls notre Grand Algharabîya, l’Ordre et ses Mu’afahs avaient l’effarant pouvoir de décider pour chacun.
    Quel charabia de charabia !
...
   
Ben s’égara, rama avant d’accéder au coeur du repaire de l’Ordre, de l’élite des influents insinuants ratichons. Sa Comminatoire à la main, combien de fois avait-il exhibé le précieux document ? Combien de fois hésita-t-il, sur le point de renoncer ? L’aurait-il pu d’ailleurs ? Énigmatique initiation, son interminable déambulation était-elle programmée ?
    Inoubliable trésor ! Sa Comminatoire comportait une publicité caritative de l’Ordre. Sous la photo présentant un groupe de ratichons, il jeta un coup d’œil au texte :
   
N’hesite  pas  à  Donner  pour  nos  Insinuants
Missionnaires   partis  aux  colonies
   
    Notre Bienheureux Ordre du Sanctorum fondé par Notre Divin Grand Algharabîya compte plusieurs millions de postulants dans ses écoles apostoliques et missions lointaines.
    Notre Bienheureux Ordre est né comme une fleur odoriférante au milieu des ronces de notre temps... il garde par son exemple et son dévouement toute la confiance et l’admiration de Notre Grand Algharabîya.

  
 « Ah ! si j’étais homme de ce monde, s’écria-t-il un jour, contre mes péchés, je voudrais avoir comme un bouclier, sur ma tête et sur celle de mes enfants, un Insinuant Ratichon qui me devrait sa vocation, son sacerdoce, et, qui, debout chaque matin à l’autel de Notre Insinuante Virtualité Générale, me servirait de paratonnerre ».

Qu’attends-tu pour donner quelques Célestes Dollars, faire fructifier
ton Crédit d’Indulgences Plénières
et mériter ton Grand Retour ?
    Un seul petit Dollar Céleste attirera l’attention de Notre Grand Algharabyîa, te permetta de hâter l’avènement de ta Grande Invite et de ton Grand Retour.

Pour partager les mérites de nos Missionnaires et augmenter
ton Crédit d’un de Célestes Indulgences :
    - donne abondamment de tes prières (saintes cérémonies, communions ferventes, sacrifices de tout genre),
    - adopte, en ton nom personnel ou pour les tiens ;
    - un pauvre noir qui recevra au baptême un prénom désigné par toi : 300 à 500 $.
    - une jeune fille noire, pour lui permettre, « en la rachetant, » de fonder un ménage spirituel : 1.000 $
    - un Ratichon Catéchiste, « indispensable collaborateur du Missionnaire » : 400 à 600 $, par an, ou 5 à 6.000 $ à perpétuité.
    - un Poste de Mission (chapelle école) : 15.000$ .
Notre offrande spirituelle
    Chaque jour, Notre Bienheureux Ordre prie beaucoup pour ses bienfaiteurs : chapelet, prières indulgenciées ... Nous avons voulu faire plus pour eux et leur témoignager spécialement notre reconnaissance en les invitant à participer à de très saintes, Grandes Célébrations quotidiennes.
Participent  à ces Grandes Célébrations :
    - tous les jours, ceux qui font à nos œuvres un don de 500 $.
    - 4 jours de la semaine (vendredi, samedi, lundi, mardi) : 125 $.
    - tous les vendredis (30 $).
    - tous les 1ers vendredis de mois (10$ ).
    Les dons se font au nom propre du donateur ou au nom de ses parents ou amis...
Pain des Novices Insinuants :
« Faire un Ratichon Insinuant, c’est sauver des milliers d’âmes ».
    Associe-toi à cette grande œuvre, cher citoyen rejeton bienfaiteur, en ayant ton propre Missionnaire Ratichon », en lui assurant sa pension totale ou annuelle, ou du moins quelques journées ou semaines de pain :
- Un jour de pain hostie : 6 $.
- Une semaine pain hostie  : 40 $.
- Un mois pain hostie : 150 $-
- Trois mois pain hostie : 300 $.
- Six mois pain hostie : 600 $.
- Un an pain hostie : 1.200 $.
- Jusqu’au sacerdoce, partiellement : 8.000 $.
- Complètement : 15.000$.
Pour nos nombreuses autres Saintes Insinuantes Fondations :
     - Un album d’honneur, à déposer aux pieds de la statue de Notre Grand Algharabîya ou Maître-Autel, contiendra les noms ou initiales de ceux qui donneront pour la Sainte Médiathèque : 100 $.
       - Chaque bureau de travail portera le nom d’un citoyen rejeton donateur de : 500 $. pour le mobilier et la literie.
Cette inscription incite le Novice Insinuant à offrir son labeur et ses sacrifices pour son citoyen rejeton bienfaiteur.
    -Les Prie-Algharabîya et Places de Bancs dans nos Saintes Chapelles seront réservés à ceux qui offriront 1.000 $ pour les vases sacrés, ornements et statues.
    Souvent, dans ses oraisons et ses adorations, le Novice Insinuant priera pour son bienfaiteur dont il aura le nom sous les yeux, sur son Prie-Algharabîya.
    - Pour les Saints Autels et Divins Harmoniums, l’offrande pourra être de : 5.000 $.

       
    Charabia ! Édifiante lecture.

...
   
Ici, tout en bas, on cultivait sciemment, avec méthode, la grasse et commune corruption. On violait les consciences. On traquait, modifiait sans répit ni état d’âme, l’intimité et la volonté de chaque citoyen rejeton. Et plus bas, toujours plus bas, parfaitement protégé, sous la responsabilité de N.G.A, moulinait sans interruption le Syncrétique Grand Régulateur. Lui seul décidait de la Grande Invite et du Grand Retour de chaque cobaye, de ceux d’en haut. Ben supposa qu’il gérait également la fortune de l’Ordre. Celle-ci devait en effet être considérable. Depuis que le céleste Crédit d’Indulgences et sa banque rackettaient la planète.
    Ces rats, ces divins ratichons, suppôts de l’Insinuante Virtualité, s’étaient révélés incapables de la moindre compassion et, à plus forte raison, d’amour.
    Amour, un mot qu’ils avaient remisé aux oubliettes, remplacé par Enveloppement, destiné à concrétiser la procréation ou la production d’un citoyen rejeton dûment programmé et formaté.
    Ils étaient également imperméables, inaptes au rêve. Rêver leur était devenu impossible. Là était probablement leur point faible. Insensible aux sortilèges comme à la vindicte de l’Ordre, le Songe avait néanmoins réussi avec une poignée de partisans du Dernier Rebond, à résister. A se garder hors d’atteinte de  leur diabolique emprise.   
    Dhoul Fikar se doutait-il que Ben communiquait avec ceux du Dernier Rebond par le truchement du rêve ? C’est probablement pour cela qu’il décida de le décréter hors la loi.

...
    
Toujours le même charabia de chez charabia !
    La voix poursuivit son insoutenable, incroyable incantation :
    « ...grâce soit rendue à notre Grand Algharabîya...
l’admirable, trois fois saint Maître de la Grandeur ! Lui qui renvoya le Songe au néant. À la trappe, au bûcher les hérétiques, les infidèles, décréta-t-il en revenant parmi nous. Le fruit était mûr lorsqu’il nous insuffla... en dépit de l’universelle confusion... son admirable équité. C’est ainsi qu’avec sa bénédiction... et l’aide de sa glorieuse, Insinuante Virtualité... son Divin Enveloppement prit possession de chacun de nous... mit un terme à l’indécente débauche... à l’aberrante... l’obscène emprise des passions .»
     Non, ce n’était pas Lona qui parlait. Il s’agissait certainement pour Ben d’un autre grossier stratagème destiné à l’égarer. 
    Où était-elle ? Que lui avait-on fait ? Elle qui savait combien lors de chaque Enveloppement, l’être était garrotté, asservi de la plus odieuse et malsaine façon. N’avait-elle pas payé assez cher pour cela ? Leur amour, la passion qu’ils éprouvèrent l’un pour l’autre n’avait rien à voir avec ce maudit Enveloppement imposé, dont toute relation demeurait exclue, interdite.
    Jusqu’au jour où l’on méritait et obtenait de l’Ordre l'agrément, l'injonction de concevoir quelque citoyen rejeton, ou mieux, toujours selon son mérite et le bon vouloir de N.G.A, un futur ratichon, inconditionnel de la Bienheureuse, Insinuante Virtualité.
    Quel Charabia ! Notre Grand Al n’avait pas usurpé son nom !
  ombre-portee-songe
Par Philippe Longhini
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Vendredi 5 février 5 05 /02 /Fév 13:33
cadence-ombre-1ec-.jpg  
Extraits :

    ... l’homme serait-il juste devant moi ... serait-il pur devant celui qui l’a fait ...
    Avant même qu’ils ne devinent la véritable raison de leur existence.
    Avant même qu’ils ne découvrent mon invraisemblable nature.
    Avant même qu’ils ne soient en mesure d’appréhender le sens, le but de mon passage parmi eux. 
    De ma profonde, indéracinable intrusion en eux.

...
  
  Sous la chaleur d’un midi calciné tout ce qui existe feindra alors de s’accorder un nouvel, interminable répit. Tandis que, dans la torpeur d’une épaisse et lourde nuit tout ce qui doit disparaître précèdera son propre chaos. 
    Déjà, partout, une étrange lourdeur paralyse un rythme acquis depuis des millénaires. Celui-là même qui, prometteur, leur aurait permis de communiquer avec ces autres et multiples univers.
    Mille, pour lui comme pour eux, mille fois hélas !
  

Telle la fatalité d’un crime abject, pourtant nécessaire, sur lequel ils refusèrent trop longtemps d’ouvrir les yeux, leur inconséquente bêtise, suppurante à force d’hésitations faussement calculées et d’ignorance clivée refusa de me reconnaître.
         À m’accepter enfin !
         À s’éveiller tout à fait. 
         À s’ouvrir docilement à moi.
         Pour affronter avec une certaine jouissance et une infinie gratitude ma vérité carnassière.

...
   
Ils sont enfin de retour !
    Ainsi qu’il l’avait, au fond, toujours secrètement espéré.
    Hésitant, écartelé entre l’appréhension de se tromper, entre sa joie et sa crainte vis-à-vis d’un inconnu aux multiples facettes, il devra désormais compter avec cette inexplicable et fragile certitude. Avec cette mystérieuse présence à ses côtés. Avec ce désir de la fuir, de s’en protéger, de la refuser tout en s’y soumettant.
    Rivée au centre de son être étonné, magnétisé, cette silencieuse et vorace présence planera délicieusement sur l’écheveau de sa mémoire captive. S’infiltrera sournoisement, par le biais du hasard et de l’évidence émasculée sous chacun de ses pores. 
    Largement ouverts, vibrants devant la trouble jouissance du fouet carnaval et de la rose épicée.
    Depuis toujours étranger parmi les siens, il sera dans l’obligation de tout remettre, ici-bas, en question. À cheval, en équilibre instable sur les plateaux hésitants de l’infernale balance truquée, il existera avec cette angoisse plantée dans les iris. Combien exigeante, mais rédemptrice.
    Humaine.
    Sans cesse un peu plus écrasé, anéanti entre la trouble, la douloureuse et combien palpitante joie de les retrouver. Et l’inavouable désir de s’en méfier, de les repousser.
    Ceux d’ailleurs...
    Les siens.
    Jusqu’ici sans visages. 
    Ceux de sa race. 
    Ceux du mirage. D’un si lointain autre part.
    Issus de ces infinis bariolés !
    De pulpeuses et chimériques contrées.
    Ainsi se déroulera pour lui la dernière phase de l’illusion.
    Celle qui triturera, affolera ses tempes meurtries. Accélèrera son pouls. 
    Activera la Cadence de l’Ombre, la mienne. 
    Celle qui imprime déjà au creux de ses paumes très blanches la marque étoilée.
    La même qui accompagne et berce toute singulière destinée.

...
  
Ainsi puis-je, émerveillé, découvrir, analyser la douceur, l’approche, la rencontre complice, prudente et feutrée,     de chaque nuit, de chaque nouveau jour. De cette obsédante Cadence qui m’enveloppe. M’isoler au cœur de son opaque fourreau. Etre parfaitement en mesure de disséquer chaque réflexe, chaque sentiment, pénétrer au centre de chaque conscience.
    L’odeur âcre et sucrée des troènes en fleurs parvient jusqu’à moi, jusqu’à mon chevet. Elle envahit, noie ma chambre. Je la découvre pour la première fois. Rouge détresse, à mi-hauteur ourlée d’un élégant ruban de vie, sperme contorsionniste, aux fluorescents déliés. Je discerne au plafond, ma propre image ou mon double chevauchant une lune pleine, aux larges flancs tubercules. Ensorceleuse femme lys aux vastes hanches minées par de ravissants hoquets. Moite, à la merci de mes rêves et désirs. Elle tente, dans un suintant rictus coprophage, dans une interminable et gloutonne succion, de m’aspirer, de s’enraciner à mes lèvres. Tandis que les siennes s’ouvrent à moi. Bas et haut intimement confondus !
    Mes doigts malmènent le drap sur lequel transpire, s’épanche en de multiples anguillades vibrations, mon corps désarticulé.
    Affolé, mais combien extasié.
     La vie déferle de nouveau, en un prodigieux torrent de glaise étoilée, sur mes paupières. Elle contient mon être libéré, à la fois étonné et contrit. Comme pour mieux le punir, le garder plus longtemps encore à ce monde qu’elle n’a pas encore la force ni le courage de refuser,  de rejeter.
      De cette nouvelle vie, de cette glaire vibrionnante jailliront de nouveaux vertiges et phantasmes. Nova carnivore, elle rayonnera d’ampleur avant d’exploser à son tour, de s’épancher bien au-delà de mes lunules.
    Je perçois la fabuleuse puissance du flux vengeur et jouisseur ainsi libéré.
    Par moi et pour moi.
    Issu de mon index droit !
    Pointé en direction de l’ouverture femme.
    Tirant de chaque être humain d’extrêmes équivoques, sentiments et sensations.
    Différents, d’essentiels et démentiels sédiments !
    Des gammes marbrées !
    Des silex vivants, incandescents !
    Voici que je hurle !
    Je vis !
    Je jouis !
    Moi, berger de mille étoiles bannies !
    Des longues attentes et des vains désirs.
    Désormais, pour moi, tout est possible.
    Tout !

...
  
 L’implacable exigence de ma Cadence le retiendra donc rivé à moi.
    Il attendra de moi jusqu’à l’ordre de se mouvoir, comme de chevaucher pour mon compte, chaque bulbe, chaque mémoire de ces êtres primitifs. 
    Il percera délicieusement, pour moi, drogue rare, le domaine réservé, insondable, jusqu’ici interdit et secret, combien tortueux de chaque conscience. Nous apprécierons pleinement ensemble l’épanchement infini, infiniment délectable de toute jouissance ou douleur.
    Toutes ces inhumaines émotions. 
    Rentrées ou librement exultées !
    Provoquées et projetées !
    Il s’abreuvera sans la moindre retenue, ç l’abondant flux de ce jus nourricier, dans lequel je puise mon plaisir et ma force. À cette sève, à cette moelle extraite des intelligences habilement violentées de tous ces barbares.
    Nous jouirons de concert de cette ardente et nécessaire sujétion. Il se gorgera avec moi de cette ardente lave vitale, dont il ne pourra bientôt, lui aussi, se passer.
    Il sera pour cette humanité d’homoncules et culs véreux, à l’origine ou le prétexte d’une multitude de téméraires et paradoxales ambiguïtés. 
    Et d’autres éparses, artificielles, suaves, effarantes sensibilités outragées.
    Toujours sous-jacentes !
    Toujours exacerbées !
    Bientôt, avec l’aide des siens, pour mon divin plaisir et mon extravagante jouissance, aucun sentiment, quel qu’il soit, individuel ou légion, heureux ou haïssable, ne se justifiera, n’aboutira sur cette planète piégée.
    Sans que j’en aie décidé l’heure.
     L’ampleur, la cause et la finalité !
    Ainsi il stimulera, canalisera dans la direction que je souhaite, tout flux vivant. 
    Cette inestimable énergie. 
    Toute cérébrale et motrice.

...

 La tête dans les étoiles te voici maintenant dehors. 
    Un clou d’argent rivé entre les yeux, te frayant un passage jusqu’à l’aube. De diurnes albatros aux diamants nichés sous les ailes planent au-dessus de toi à la recherche de la chimérique colombe du temps.
    Tes enjambées bousculeront la nuit, enfanteront de nouveaux soupirs, de nouvelles insignes mélopées aux étranges, humaines équivalences.
    Tu respireras la nouvelle, la délicieuse odeur du monde. La fraîcheur du soir effleurera ton visage tuméfié. Ta vie s’offrira, s’élancera alors sans aucune retenue à la rencontre de mon éternité. 
    À la fois bouffi d’espoir, d’une folle et possessive candeur, d’une haine exquise comme d’un amour homicide, ton esprit s’abandonnera totalement à moi. La chaleur de ton être m’inondera. En ma compagnie, sur mes épaules, tu arpenteras l’infini. 
    Apprécie, sans retenue, aucune et à tous sens déployés, cette courte, illusoire liberté !
    Car déjà tu repartiras. 
    De nouveau tu fuiras. 
    Croyant m’échapper, tu me précèdes.
    Tu poursuis, tu mènes ma Cadence.

...
     

Flagellés, exilés, nous descendîmes à genoux, sous une infernale chaleur, pieds nus et mains liées,
 les interminables escaliers de hautes cathédrales.    
Monuments cintrés par tant d’amour !
    Par tant de haine et d'espérance.
    Compromises, à jamais corrompues, les voûtes de la nuit en tremblent encore de dépit et de fureur.
    Tant de sombres, de magnifiques espaces chavirés, remis en perpétuelle rotation
    Convexes entonnoirs à fiels. 
    Fissipares succions dépourvues d’adhérences et de latérales issues.
    Ces éclairs, ces jubilations, ces allégresses retenues !
    Ces torrents d’amertume furent les mêmes qui précédèrent la Création en divers chaos concertants.
    De l’homme, souverain barbare, souverain en son domaine !
    Gaspillant sa subtile, vitale énergie.
...

    Notre frère, notre ami.
    Nos tourments, nos vertiges et nos souillures furent autant d’épreuves, d’entraves à ta propre existence. Cette démentielle catastrophe provoqua aussi pour toi une injustifiable errance.
    Mais avec toi nous retrouverons la tranquille banalité des lancinantes heures de jadis.
    Sa moiteur, ses sinueux  détours.
    D’une extrémité à l’autre du cri silencieusement proféré, nous nous loverons en silence !

    ...

    Libre course.
    Folle, interminable poursuite.
  
 ...

    Mais comment oublier ? 
    Comment pardonner ?
  
 ...
    Le polluant sialisme de ces êtres arrogants  qui tentèrent de nous exterminer ? 
    Leurs furieuses démangeaisons anales, ranimèrent en nous le nauséabond remugle d’une mort en rut. 
    Chevauchée par l’étron noir fourchu d’un destin tronqué !
    Et depuis.
    Et sans cesse.
    D’éternelles et polaires nuits habitent nos rivages stériles et désolés .
    Notre désir inassouvi n’a plus d’ombre ni d’écho.
  
 ...

    Ces hordes de mendiants nus pieds ! 
    Ces humains aux indécents sifflets ! 
    Éventrant et consommant les meilleurs de notre race.
    Nous éloignant pour si longtemps, si de toi.
    La Terre !.
    Les rousses, crépitantes chevelures de ces sauvages habitent encore nos mémoires.
  
 ...

    S’installèrent alors en nous la confusion et son lancinant écho. Débutèrent pour nous un interminable vagabondage et son carrousel d'affligeantes déconvenues, ses feintes émergences.
    Depuis notre départ, la peur s’installa sur cette Terre beaucoup trop mal famée. Enfourcha le masque étroit, combien hideux de la solitude.
  
 ...

    La Terre !
  
 ...

    C’est ta prime enfance dérobée, celle que tu n’as jamais connue,
    Comme ton propre bonheur confisqué,
    Ton passé, ton avenir,
    Que nous venons pour toi,
    À travers nous, d’évoquer.
  
 ...

    Maintenant, va ! Notre frère, notre aimé, va !
    ... il cria d’une voix forte ... sors ... et la Mort sortit, les pieds et les mains liés de bandes, et le visage enveloppé des linges radieux de la nuit...
    Parviendront alors jusqu’à toi d’exotiques murmures, de fantastiques mouvances. 
    Se confondent !
    Se confondront toujours en toi le pire et le meilleur.
    Des pièges, des prismes.
    Aux lourdeurs violacées.
    Nombre de boursouflures.
    De délicats parfums issus de temps immémoriaux !
    D’époques révolues. 
    Jusqu’ici constamment abusées.
  
 ...

    Nombre et nombre !
    D’autres, et d’autres !
    Disparates, mouvantes découvertes et déconvenues.
    Greffées sur l’écoeurante palette des pathétiques illusions particulières à ces prétentieux ignares, dits humains.
    À toi, notre frère, notre bien aimé, notre écartelé, d’apprêter cette vengeance qui nous est due. De recomposer ses savantes arabesques, toutes à la gloire du regret  comme de l’universel rejet. 
    De déployer entre tes bras cet arc-en-ciel, peuplé des infectieuses émanations du trépas, d’hypocrites intuitions.
    Cancer ! Sida !
    Avec ses puériles et baroques visions interchangeables. 
    À l’intention de ces bâtards égarés, avides et jouisseurs. 
    En quête d’un savoir, d’une révélation qu’ils n’atteindront jamais.
    Car tous traînent encore leur désir de vivre implanté plus bas que leurs talons.

...

    Est-ce ? Ô ! Est-ce ?
    Immense bonheur, il approuve!
    Il suffoque d’attention, de plaisir. 
    Il écoute, le cœur parcouru par la fuite d'un oiseau bleu aux pattes baguées. Déconcerté, vaguement effrayé, il discerne nettement, provenant d’un lieu, d’une direction inconnue, ignorée de lui-même, diverses, mille troublantes tonalités.
    Mille harmoniques, variantes et gammes cintrées ! 
    Comme la répétition obstinée de plusieurs sons. Parfois mats, parfois aigus, finalement angoissants. 
    Tel un appel. 
    Le signe qu’il attendait ?
    Il déchire, écorche le silence. 
    Il met à vif l’esprit dérouté de mon Adam. Bientôt comme un reproche, fusent, sanglotent dans ma direction six notes brèves, six longues, puis six autres brèves.
    Mystique, illuminé S.O.S !
    Six cent soixante-six Alléluheil !
    Mystique perfusion.
    Est-ce ? Ô ! Est-ce ?
    Alléluhiel ! Alléluheil !
    Est-ce ? Ô ! Est-ce ?
    Ces sacro-saintes notes !
    Cette prière, la mienne !
    S’immiscera en lui. Au plus profond de son intimité. S’agrippera à son être pétrifié et transi. 
    Elle investira sa conscience et sa raison. S’y maintiendra par de nombreux hameçons, points d’interrogation chauffés à blanc.
    Elle donnera naissance à mon universel Pater.
    Elle justifiera toute profonde détresse.
    Toute dérive circulaire, sans appui.
    Cette prière aux sacro-saintes notes.
    Elle éloignera, rapprochera de lui de prometteurs, d’inexplorés, d’improbables rivages. 
    Est-ce ? Ô ! Est-ce ?
    Alléluheil ! Alléluheil !
    ... six notes brèves... si longues... puis aussitôt, acérées et contendantes, six autres brèves... S.O.S...
    Omniprésente et imprévisible, depuis l’infini mon envahissante Cadence tracera, balisera, prolongera désormais sa route.
    Sa destinée.

...

La pièce te dévoilera ses sept issues, pour l’instant,  masquées. 
    Un haut et long miroir, tel un serpent dressé, aux mouvantes écailles, se déplacera, allant sans relâche de l’un à l’autres des angles de cet espace clos.
    Toi-même prisonnier de toi-même !
    Cerné, indéfiniment dédoublé. 
    Chaque facette de ton être torturé tentera aussitôt de se retourner contre elle-même. Adressera avec une rare violence à ton corps, à ton esprit un permanent, insoutenable et mystérieux reproche.
    Décomposé, à l’infini démultiplié, tu seras dans l’obligation de découvrir, d’accepter ta propre image. De la recevoir en plein cœur, en pleine conscience. De la contempler, comme semblable à l’un de tes tiens, identique à l’un de ces barbares humains.
    Devant toi défilera le prisme cannibale et trompeur du Temps !
    Un amas fluorescent, une boule de sang caillé se détachera avec une  interminable expiration de chaque miroir. L’insolite et répugnant mélange de matières visqueuses, marbré de veines sombres menacera de heurter ta face. Finalement, chaque nébuleuse de chair molle et putride explosera à proximité de ton visage.
    Ton esprit développera alors en accéléré un fascinant spectacle. Projettera à l’aide de chaque miroir, aux sept point cardinaux, un envoûtant maelström prenant sa source, son élan dans la transparence d’une larme. Pour finalement se métamorphoser en une larve informe. Avant que ne s’imposent à tes yeux, à ta raison les contours d’un fœtus vivant, humain.
    Flottant devant toi tu découvriras un nouvel être qui te ressemblera. Jumeau ridicule et blême. 
    Translucide, bientôt flamboyant !
     Ton double ?
    La meilleure ou la pire version, excroissance de toi-même ? 
    Tu t’approprieras sans le savoir l’extraordinaire énergie émanant de lui. 
    Tu contribueras à sa rapide, sa parfaite croissance. 
    Et sa détermination deviendra ta loi !
    Ainsi, tous temps, tous verbes confondus, annulés, j’étais déjà toi !
    Tu percevras dans ton esprit et dans ton corps aiguillonné les premières atteintes, les premières morsures d’une nouvelle existence, aux vicieux, pernicieux allers-retours. 
    Lourds rasoirs biseautés de la vengeance !
    Toutes les définitives, inéluctables flétrissures de l’instant et du néant accouplés.
    Et l’âge devint ta force !

    Celle de ce nouvel être en toi, toujours le même, sans cesse recommencé, toujours inachevé. 
    Toujours toi. 
    Toujours moi.
    Toujours nous !
    ... et son visage était comme le soleil lorsqu’il brille dans...

...

    Clament-ils, en chœur.
    Qui les arrêtera ?
    Nous sommes désormais les esclaves de chacun de tes vents !
    Nous te réservons la première et la dernière de nos filles, de nos femmes !
    La première saillie !
    Celle de notre centaure hermaphrodite ! Jadis hâbleur et reproducteur hors pair ! Roux, des tympans aux talons !
    Tu as toujours été pour nous le messager transfiguré de l’amour ! Que nous avions jalousement gardé en nous !
    Notre unique espoir !
    Notre coursier solitaire ! Sellé pour ton contentement !
    Aujourd’hui, ta présence nous brûle, nous consume, nous enivre !
    Elle nous piège délicieusement !
    La pieuvre de ton regard !
    Ah ! La proximité de ces temps nouveaux nous enchante !
    La surprise, la venue d’une prochaine aurore attendue !
    Ces dentelles ! Ces hosties aux pastels circonvolutions ! Ton énigmatique masque ! Aux rares angoisses ! D’ambre ! Et de fumées turquoises !
    Et transitoires cheminements !
    S’attardent ! Et réveillent tous nos sens ! Se complaisent sur l’échiquier aimanté de la passion !
    Plusieurs obscènes, obscurs soubresauts ! D’impondérables, jusqu’ici oubliés, compromis réflexes !
    Nous renaissons ! Avec cette autre divine certitude, pour couronner l’ensemble ! Oui, nous sommes mortels !
    Nous serons désormais déliés !
    Nos nervures adroitement chevauchées ! Hachurées bientôt subitement interrompues !
    Certains havres, tous, impitoyablement démystifiés, amputés de tous leurs braillards ressentiments ! Et clinquantes chiures métaphysiques !
    Ainsi, de nouveau !
    L’infini de merde ! Le néant de merde ! Le futur de merde ! L’esprit de merde !
    Certaines clameurs poivrées, à jamais interloquées ! Au milieu d’innombrables oasis avides ! Aux énigmatiques, impromptus maniements amoureux et guerriers !
    Les voici ! Ils ébranlent déjà notre détermination, notre oraison finale !     Tandis que nos cœurs impavides demeurent gonflés de vie, lourds d’une mort possible, annoncée !
    Retrouvée !
    Débordants d’un insoutenable amour !
    Toutes ces infernales, épouvantables équinoxes du souvenir sont déjà derrière nous !
    Solitudes équestres ! Printanières boursouflures ! Mitigées pourritures ! Ces innombrables, éprouvantes saisons mêlées !
    Du désir et du cri ! Ces terres désertiques, ces sables noirs vitrifiés ! L’incertain chuintement d’un rire énorme, d’un étonnant sarcasme !
    Toujours mystérieusement ordonnés ! Est-elle désormais derrière nous, cette vaine, triste, toujours aussi factice, inconsistante et sourde interrogation ?
    L’univers déchire ses oripeaux, se découvre enfin à nous !
   Accepte notre présente, notre inévitable, irréversible et combien folle passion !
    Reconnaît notre interminable attente ! Notre dominateur, triomphal bonheur !
    Notre frénétique combat !
    Notre besoin de communiquer !
    Derrière nous émergent de tels silences !
    Nos étendards tressés d’une céleste semence !
    Bruyants de notre souveraine révolte !
    Certaines guirlandes hâtivement givrées ! De baroques et fragiles cercueils d’argile encore ! Retenus amarrés aux rives chauves de notre prochaine embolie ! Des liens plus forts que notre volonté de survivre et de mourir, nous retiennent, rivés au cadran de ces nouvelles heures  !
    Comme l’odeur d’anciennes vomissures blêmes.
     Et d’autres passionnés chants d’amour ! Nos canines aiguisées exultent alors quelques bienheureux protocoles d’extermination !
    Nos iris suintent l’allégresse et la joie !
    Et voici ! que l’être annoncé nous offre !
    Et la serrure ! Et la clef !
    Communiquer !
    Communiquer !
    ...voici notre prophète ...voici notre bienheureux Sauveur...
    Clament-ils, intarissables, à l’unisson.
  cadence-ombre-4ec-
Par Philippe Longhini
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Vendredi 5 février 5 05 /02 /Fév 13:17
Extraits :


  
 Achille frissonne. Une lassitude mauve sur ses paupières. Fatiguée, la flanelle grise de son veston plisse sur ses épaules, glisse le long de ses avant-bras. Il est à la fois blessé et subjugué par l’insoutenable écoulement du temps qui, pareil au flux d’une invisible respiration, d’une autre volonté, noie ses pupilles.
    Avant, qu’une fois de plus, tout ne bascule.
    D’une meurtrière mal occultée fuse le trait oblique d’un rayon lumineux. Cette plume incandescente harponne le dos d’Achille, sculpte au niveau de ses omoplates une plaie multicolore. Grave, au diamant, sur sa nuque offerte l’arête arc-en-ciel d’un dérisoire poisson d’avril. Réveille, pense Hector embusqué à proximité, la palpitante ossature d’un vivant et désordonné feuillage. Celui d’un légendaire figuier argenté battu par les vents, qui depuis toujours agite sa mémoire.
    S’impose au même instant à lui la certitude d’une mystérieuse présence à ses côtés. Désormais impossible à éviter.

...

    Spectateur amusé, le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées constate. Et déclame :

    Avant l'ultime et décisif assaut, voici pour l’un la torture d’une insoutenable révélation. Tandis que pour l’autre, au terme d’une équivoque, inévitable vengeance, se manifeste la promesse d’un troublant bonheur.

...

    Deux courtes heures avant midi.
    Ecartelé au cœur de cette fournaise lumineuse aux volutes piégées, ténèbres démasquées, Achille se découvre l’otage d’un océan lumineux qui a juré sa perte. Dans lequel s’égarent, sombrent lentement ses yeux. Il suffoque. Une douce torpeur l’engourdit. Longtemps pressentie et redoutée, maintenant douloureuse certitude, la redoutable succion d’une absence, celle qui privera ses pupilles du prodigieux spectacle des prochaines aurores, l’épingle au parquet de cet étage qu'il ne peut se résoudre à quitter. Alors qu’il lui est, probablement une dernière fois, donné de s’affranchir, de confondre enfin le hasard. De fermer définitivement et volontairement les yeux. De se laisser glisser. D’avancer d’un pas, d’un seul, dans le noir. Dans le vide. Pour enfin chevaucher, absous et comblé, les reins ceinturés d’azur, son propre arc-en-ciel. Il devrait comprendre, pense Hector, que le moment  pour lui venu de retrouver l’autre versant de soi-même. Et du rêve. Afin de se blottir à jamais au cœur de la tiède quiétude, de l’obscurité ouatée du néant.
    Hector en est persuadé, cette fois-ci encore, Achille n’aura pas la volonté de défier ce néant qui le provoque et l’implore. Jamais, dans un ultime sursaut ou retour sur lui-même, il n’aura la modestie, ni le courage d’implorer le moindre secours.

...

    Pareil à un plongeur qui émerge par paliers de l’insondable, Hector, précède, accompagne Achille dans sa nuit. Il suit, avec satisfaction, ses ultimes soubresauts, sa difficile progression vers la surface et sa vérité. Depuis ces marais aux berges désespérément lisses, observe Hector. Aux algues et aux êtres en putréfaction. Qui s’agrippent à lui et tentent de le retenir au fond. Rongé par l'intense, douloureuse épreuve qu’il est en train de vivre. Par  l'imminente et désormais inévitable cécité qui l'attend.

...
   
Ses paupières douloureuses battent dans le vide. Il essaie vainement de refuser la tenace vision qui s’impose une fois de plus à lui. Celle d’une tragique, haletante poursuite. S’achevant par la mise à mort d’un guerrier au casque étincelant, héros humilié, à genoux devant lui, implorant grâce pour sa dépouille.

    Meurs ! répond Achille, en retirant de sa gorge sa pique de bronze. Tu as raison de trembler ainsi avant le grand écart.

...
   
Afin de modérer l'ardeur d'Hector et d'Achille, et ramener dans l’ornière de son propre sillon, le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées, estime l’instant propice de raviver en eux maints souvenirs, remords, ressentiments, désespoirs. Certaines plaies opportunément rouvertes. Afin qu’ils s’abstiennent, par inconscience ou fatuité, de surestimer l’importance du rôle qui leur est dévolu.
    Voici Hector une fois de plus et à son tour desquamé. Avec, soudée à sa mémoire, insupportable écho qu’il connaît bien, une lancinante litanie. Le timbre doucement monocorde d’une voix qu’il aime et qu’il redoute, qui n’arrête pas de mutiler son silence. Afin de mieux l’égarer, ranimer sa vengeance :
    Ainsi tu es de retour, mon fils ! Enfin, tu as quitté la plaine cruelle... répète son père en le reposant délicatement sur le sol.

...

    A son tour ébloui, Hector se laisse envoûter par son enfance, bercer par la voix du vieil homme.
    Une rayonnante insouciance exsude alors de l’adolescent. Une contagieuse joie, à l’image de sa cristalline et musicale jeunesse qu'il vient de retrouver. L’amour en son début. L’amour et déjà sa fuite. Déjà son souvenir.
    Combien a-t-il plus tard regretté ces instants, privilégiés ? Lorsque, détendu et confiant, cœur à cœur, avec son père, il crut tutoyer le bonheur. Et chevaucher l’avenir. Avant que ne s’installe en lui cette intarissable, inexplicable soif de vengeance. Sans jamais plus réussir à trouver cette nécessaire distance entre absence, angoisse et amertume.
    Il tenta ensuite, vainement, de s’affranchir, d’éperonner le passé.  Précédant et provoquant le hasard. Drapant d’oubli l’ombre du vieillard, son père. Jusqu’à effacer de sa mémoire sa noble et tragique silhouette courbée. Honteux, il invoqua ensuite, en guise d'excuse les royales impudences de la jeunesse, d'autres emballements du cœur. Les aléas et contraintes d’une existence aux instants souvent intermédiaires. Pour, à son tour, finalement se retrouver seul et prisonnier de lui-même.
    Ainsi l’amour en son combat.
    Constamment en alerte. A l’affût de quelque insaisissable évidence, impossible vérité. A la poursuite d’une indispensable absolution.

    Ainsi l’amour couronné de passion, remords et contrition. Avec ses dérobades et ses imprévisibles, passionnés retours tressés de chanvre. De cendre, de soie et de larmes encore. L’amour au centre de son pré carré, d’avant et d’après deuil. A la lisière de tous les automnes escomptés. De sa fébrile, inexpiable impatience. De l’inutile et douloureux souvenir. Déraison et paradoxe en embuscade.
    L’amour aveugle, aveuglé, côtoyant l’irréelle, la trompeuse et fabuleuse réalité de l’instant présent, unique. Trop vite dénaturé, falsifié, vitrifié.     Etoile filante, hors de portée, subitement arrêtée dans sa course.

...

    Hector scrute le visage émacié et las du vieil homme. Que seule une vague habitude retient encore au monde. De ses orbites vides déborde la cendre ou le limon qui recouvrira bientôt son être, sa mémoire. Le vent souffle à présent sur la mer en brèves mais fortes rafales. Un filet d'air frais passe sous la porte. Il pleut. Son père frissonne sans même songer à se couvrir ni se plaindre. Son corps tressaille puis s’affaisse d’un coup, vaincu. Les grands dattiers du parc cinglent vainement le ciel avec leurs palmes ruisselantes de sel. Il semble à Hector que le vieil homme a du mal à respirer. Brisé, il persiste toujours à se taire et lui apparaît yeux délavés, obstinément fixés sur le large, sur une ligne d'horizon qui se refuse à lui. Le voici, pareil à un poisson volant arrêté dans sa course, branchies palpitantes, échoué sur le pont d’un navire en perdition. A présent, observe Hector, il ressemble à sa propre mort, avec une tête décharnée, comme l’on peut en voir sur la dalle d’un dépositoire.
    Son fils insiste, lui parle doucement. Il lui demande tendrement ce qu’il désire, comment il vit, s’il n’a besoin de rien. Après un interminable silence le vieil homme balbutie enfin, d’une voix au timbre cassé, depuis de longues années oubliés :

    En enfer, dit-il. En enfer, répète-t-il faiblement.
...

    Espace et temps confondus, Hector contemple à présent d’en haut son corps torturé, traîné nu dans la poussière. Tandis que ses lèvres muettes lui refusent la moindre assistance. Une odeur d’amandes en décomposition obstrue ses narines. Il saisit la réelle nature du piège qu'Achille, depuis toujours son rival, de toute éternité, a refermé sur lui.
    Il sent contre ses poignets immobilisés par de larges lanières, s’emballer un pouls dont il a jusqu’ici feint d’ignorer l’existence. Un sifflement glacé lui transperce l’aine. Devant les battants affolés de sa mémoire harcelée, s’immobilise en une interminable résonance vibrée le pathétique hurlement alto d’un chacal, cloué aphone entre ciel et neige, par un adroit coup de cymbales.
    Son cœur amorce un prodigieux sabbat. L’imprévisible Cadence de l’Ombre, déchaînée sous les sabots de mille chevaux, contrôle toujours l'insidieuse nature de l’illusion. Elle n’aura de cesse de le provoquer, de le faire tressaillir. De le soumettre.
...

    Rue de la Loge, Hector pénètre dans le corridor de l’immeuble où résidait Achille, son personnage. Sa main s’attarde, quitte à regret la tiède poignée de cuivre qui conserve depuis son empreinte. Cette matinée de fin septembre l’accable. Saturée d’une épaisse humidité venue de la mer, avec ses ombres dentelés, ses odeurs depuis si longtemps embusquées, elle annonce de tels bouleversements. Ceux qui précèdent le solstice d’hiver, façonnent ces jours particuliers de l’année, pense Hector. Tant de souvenirs et d’émotions. Qu’il reçoit aujourd’hui comme une menace.

    Hector a froid
    Une lassitude mauve tombe sur ses paupières.
    Hector, à cette même seconde, redoute de se retrouver seul, en équilibre sur la dernière marche de cet étroit escalier mal éclairé. Quatre interminables étages le séparent, là-haut, du minuscule studio qu’occupait jadis Achille.

    Voici Hector une fois de plus face à lui-même, constate le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées.

    Hector hésite, figé, ébloui par le sillon phosphorescent qui, cordon ombilical de pendu ou raie venimeuse, ondule sous la porte qu’il ne résigne pas à pousser. Il lui faut absolument fuir, quitter cet endroit. Descendre l’une après l’autre, interminablement chaque marche. Il distingue de plus en plus mal l’interrupteur de la minuterie qui n’a pourtant jamais cessé de clignoter, de le narguer, directement à sa portée. Un long frisson paralyse et transperce ses paumes moites.

...

    ... Deux courtes heures avant midi...

    Hector à jamais blessé, subjugué par l’insoutenable écoulement du temps qui, pareil au flux d’une invisible respiration, celle d’Achille ?  voile ses pupilles.
    ... Juste retour des faits et des choses... suggère le dernier des Assembleurs de Mots et de nuées.

    Quand au petit matin parût Aurore aux doigts de rose.
   
    La Divine Comédie ou Connerie de nouveau en marche...
   
    Ainsi tout recommence, soupire le dernier des Assembleurs de Mots et de Nuées.
Par Philippe Longhini
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Samedi 3 octobre 6 03 /10 /Oct 17:33
Publié en 1983 par LE TEMPS PARRALLELE EDITIONS, LA CADENCE DE L'OMBRE fait en 2009 l'objet d'une réédition par LES EDITIONS AUTRES TALENTS.
L'édition de 1983 comportait une préface de Gérard Blua, reprise ci-dessous.
cadende de l'ombre  

"Ecris avec du sang et tu apprendras que le sang est esprit", disait Nietzche dans Ainsi parlait Zarathoustra. Et la Cadence de l'Ombre est bien le roman de l'esprit. Avec, en filigrane, cette écriture de sang que l'on devine. Sang clair et sang fossile intimement mêlés dans les parfums de la vie globale. Car, dans cette œuvre, le temps n'existe plus. Ou bien n'existe pas.

 

Peu importe, dans le fond : elle nous renvoie, ainsi, à notre réalité profonde et à nos apparences factices. L'homme, un jour, inventa l'heure en croyant de la sorte dominer la mort. Il ne fit qu'accentuer sa petitesse face à l'inéluctable. Créer les castes  de la fourmilière dans l'immensité de l'univers. Bâtir sur les laves toujours tièdes la précaire forteresse euclidienne. Mais le temps meurt chaque jour, chaque fois que meurt un homme. La succession des temps, leur compilation constante, l'amalgame des heures ainsi créé, tout cela ne peut finalement aboutir qu'à une fragile façade de la réalité cosmique dans laquelle nous baignons passagèrement, qu'à un ersatz trompeur de l 'Essentiel vital : La Durée.

Et cette Durée est le cadre justement choisi par Philippe Longhini pour son roman. Il atteint précisément à une totale osmose entre son écrit et les modernes conceptions géométriques de notre espace-temps. En supprimant le Temps, la Cadence de l'Ombre nous installe dans la Durée. L'espace ne se mesure plus : nous revoilà plongé dans notre liquide amniotique : l'Infini.

 

C'est donc la force première de cet ouvrage de prendre de la hauteur et de suspendre la Pensée aux supports naturels qu'elle n'aurait jamais dû quitter : les étoiles. Et là aussi se situe mon premier étonnement : la littérature nous a peu habitués, surtout depuis que l'on a substitué à l'édition littéraire l'industrie du livre, à des œuvres aux si intenses vibrations qui recentrent avec autant de rigueur l'existence de l'homme et posent avec une telle exacte simplicité des questions de Sphinx. "... Ainsi, à la seconde, se trouve-t-il ici, là, ou ailleurs ? ... Mais au cœur de quelle certitude, de quel lieu ? ... Est-il seul ? Est-il le premier ou le dernier ? Après tout, existe-il réellement ? ... Son ombre prolongeant sa volonté. Son esprit devançant son propre corps."


Et ce "il "justement, qui est il ?  Héros humain ou Dieu ? Extra-terrestre ou soi ? Je crois que " il " est une force qui va, traverse l'ouvrage à la vitesse de la lumière comme un personnage de Pasolini coule sur la pellicule et disparaît, ange ou bien démon, mais en tout cas révélateur et catalyseur. C'est un bouillonnement auquel  le lecteur transfuge la vie par l'intermédiaire de ses yeux. C'est un élan qui source dans le mystère de l'intermittence tel un photon. " Il", c'est l'énergie créatrice. Bousculé dans son onirique, ébranlé dans sa libido, le lecteur redevient le Dieu de la conception ou le Dieu de l'extermination, le Christ ou Hitler. Philippe Longhini déroule le fil d'Ariane, aère les dédales et démystifie le Minotaure. Il démonte les mécanismes qui se jouent du temps et de l'Espace, nous en fait pénétrer le cœur, au-delà des artifices  des médiocres industries humaines, nous en révèle l'Immortelle essence, l'Intemporelle présence. Comme l'a écrit M. Camus : " un livre hors du temps écrit sur un ruban de Möbius."

 

Et c'est la force seconde de cette oeuvre de faire de chaque lecteur l'acteur et, en même temps, le témoin de son action. Défloré de toute surperficialité d'époque et d'idéologie, en un lieu que je nommerais " où", à une date précise que j'appellerais " quand", le cyclique scénario du Pouvoir, moléculaire, humain ou divin, s'écoule, s'inverse, se dédouble, se multiplie toujours identique. On croit retourner à l'affirmation biblique : " au début était le Verbe". Mais c'est que cette affirmation est permanence. Le Début n'a jamais cessé, chevauchant une Fin infinie. L'œil crée la phrase au fur et à mesure de la lecture. En rupture de compréhension directe, le cerveau ressent, perçoit sensuellement, mais fugitivement, le Sens de l'Existence, de son existence. Et cependant, simultanément, l'œil détruit la phrase au fur et à mesure. En rupture de Mémoire directe, le cerveau descend, reçoit, l'absence d'existence.

 

Le cyclique scénario du pouvoir, comme une fleur carnivore, dévore le lecteur au fil des pages. Mais ce dernier se sait paradoxalement être cette fleur carnivore. Une partie de lui-même se délecte-t-elle de l'autre ? Ou bien atteint-il à la puissance régénératrice ? Sorti des concepts de notre quotidien par la plume magique de l'écrivain, il devient la Trace terrible des héros similaires de nos légendes, de nos religions, de notre Histoire. Il s'identifie à ce Sauveur qui agit de toute éternité dan nos hérédités, agrippé sauvagement par les Douze Sangsues qui, goulûment, le vident de son sang.

 

"Ecris avec du sang..." et ce sang ne peut être que celui de l'Autre pour atteindre l'esprit du maître. " Ils se sont ensuite rapidement cru des dieux. Ils sont alors à leur tour devenus mes esclaves, une composante de mon intestin, la flore de mon duodénum, un pion sur l'échiquier de ma jouissance. Ils m'appartiennent. " Rêve de la possession ultime qui agite le Promeneur exsangue tombant sous les coups des médiocres qui le vénèrent pour ne pouvoir l'égaler.


La Cadence de l'Ombre peut ainsi se lire à plusieurs degrés, chacun y projetant sa propre culture, son propre Savoir. Mais le livre ne peut se lire sans risque : Nul ne sortira de l'explosion finale ("tout est accompli ") sans modification, mieux : sans mutation. Le martèlement incantatoire qui jalonne infiniment la Voie Prophétique est implacablement  destructeur et brise les crânes jusqu'à leur Conscience.


C'est la force troisième de cette œuvre de trépaner la Norme et insuffler à l'Homme sa vraie Dimension. Etonnant iconoclaste de toutes les croyances et soumissions, Philippe Longhini nous ouvre les cieux qui dorment sous nos pieds. Maniant les images fortes comme un sabre acéré, il souffle sa poésie au verbe rarement si précis sur des sites soudain solaires où tout est à accomplir.


Roman, La Cadence de l'Ombre l'est certainement par ses personnages, son fil conducteur, son découpage. Mais roman d'une littérature complète, et trop oubliée hélas, dont le style est Poésie et la réflexion Philosophie. Roman, dans la mesure où l'on affirme que Nietzsche ou Saint - John Perse étaient romanesques.


" La véritable instruction ne devrait être confiée qu'aux hommes qui INSISTENT sur le Savoir, le reste est affaire de gardiens de moutons",  écrivait Ezra Pound. Dans cette ligne de pensée, je peux tranquillement qualifier d'instructive La Cadence de l'Ombre et Philippe Longhini d' " homme qui insiste". Il laisse aux gardiens de moutons les publications de halls de gare et les collections ravageuses de quotients intellectuels.


Avec son livre, il offre à nouveau quelques lettres de noblesse à l'écrit. Il installe une pensée originale dans une période perturbée où penser est un luxe de marginal. Il relie, d'une plume superbe, les manuscrits de la mer morte aux théories de Riemann ou bien de Lobatchesvski. Avec sensibilité, il éveille les habitants de Gomorrhe ou Byzance. Avec lucidité, il leur ouvre le salut des volcans. En replaçant l'homme dans le contexte de l'univers, il gomme les mesquines ambitions de la bête et esquisse les seuls Espoirs possibles : Chercher et non plus croire. " Sur chacune de tes foulées se dresseront, telles de sinistres fleurs épanouies, vénéneuses et mortelle, des soupiraux aux pupilles exaltées. Tous encombrés par ces mendiants sauvages qui furent  à l'origine de votre exil, de votre décadence. Narines dressées, en alerte, gueules grandes ouvertes, ils seront tous sans pitié, aiguillonnés  par la fièvre, la peur et la faim. Et cet étrange, fascinant, insupportable mal. Cette poursuite..."


Poursuivre... Poursuivre encore et toujours...

Philippe Longhini, suivant l'inexorable Cadence de l'Ombre, doit s'installer dans la Durée.


Gérard BLUA

Par Philippe Longhini
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